#Célébrités

Alain Delon sur Criterion

Pour certains, le mot « beau » ne suffit pas. Une telle beauté se moque de toute description et semble presque plier la réalité, devient sinistre dans sa perfection. La star française Alain Delon est l’une de ces personnes. Il n’est pas étonnant que de nombreux maîtres du cinéma se soient perdus en regardant l’acteur, faisant des chansons dévotionnelles son attraction sous la forme de. Antonioni, Clément, Godard, Malle, Melville, Visconti sont quelques-uns de ces maîtres et leurs œuvres ont immortalisé Alain Delon en poèmes sur celluloïd, parmi les meilleurs films jamais réalisés…

Compte tenu des propos odieux qu’il a tenus dans sa vieillesse, il est facile de comprendre pourquoi les cinéastes modernes veulent éviter l’hagiographie et tourner le dos à cette célébrité. Nous n’en voudrions à personne de rejeter Delon. Néanmoins, grâce à une nouvelle collection sur la chaîne Criterion, nous nous souvenons de la qualité de sa filmographie. Si Alain Delon est un homme de reproches, il est aussi un acteur fascinant, un phénomène esthétique d’une sensualité incommensurable, une star de cinéma inoubliable. Si vous doutez de ces éloges, jetez un coup d’œil à quelques-uns des meilleurs films de la sélection Criterion.

MIDI POURPRE (1960)

Réalisé par René Clément d’après Le talentueux M. Ripley de Patricia Highsmith, Purple Noon est une histoire de façades sociales et de tromperies sanglantes. Rêve d’érotisme et de péril, le film est d’une telle beauté qu’on a l’impression de se transformer en bouillie devant ses images cristallines. Dans le rôle, après Dennis Hopper, Matt Damon et une foule d’autres acteurs, Alain Delon livre une performance d’une vacuité terrifiante. Son Tom Ripley est une parfaite manifestation de l’attirance superficielle, un vide que les autres personnes, trop étourdies pour s’apercevoir de ses tours vampiriques, n’arrivent pas à combler. C’est un cours magistral de laçage au cyanure, une touche séduisante de Star qui a fait de Delon une sensation internationale.

Pour un genre plus habituel de cuir, Criterion diffuse également le psychédélique La fille à la moto de Delon. C’est un film qui éclate littéralement en crises de plaisir.

ROCCO ET SON FRÈRE (1960)

Si le jeune Alain Delon était hypnotique en couleur, il est éthéré en noir et blanc. Luchino Visconti en profite pour façonner le personnage principal de Rocco et son frère à l’image quasi religieuse d’une icône. Sanglant, pleurant, extrêmement vulnérable et pour le plaisir des autres, le Rocco de Delon semble avoir sa place sur l’autel d’une église plutôt que dans la rue parmi les mortels. Quant au film qui le contient et le punit, Rocco et son frère est un triomphe de mélodrame transcendant, une affaire de larmes aussi proche de l’opéra que le néoréalisme italien ne l’a jamais été.

Le secret de l’amour (1962)

Alain Delon est peut-être beau, mais il est aussi ennuyeux à l’écran. Ses yeux sont des bassins d’une profondeur impossible, aussi précieux qu’insondables. Pour cette raison, il est intéressant de noter que l’une de ses performances les plus lâches provient du film qu’il a réalisé avec le roi de l’aliénation artistique, Michelangelo Antonioni. Le dernier chapitre de la trilogie du réalisateur, « Incommunicability », est une agitation existentielle qui coule dans les veines de l’aufinishnce. La fin de l’Eclisse est à juste titre légendaire, prouvant que la présence de Delon est si intense que son esprit hante le film même après que l’homme se soit évaporé dans le néant.

LE SAMOURAÏ (1967)

Aucun cinéaste n’a mieux compris la magie reptilienne d’Alain Delon que Jean-Pierre Melville. Le Samouraï de 1967 est la première des trois collaborations de ces cinéastes et c’est aussi leur meilleure. Dans ce film, Melville frappe Delon comme s’il s’agissait d’une œuvre d’art, incroyablement froid et détaché, si opaque qu’il est presque un étranger. Cette approche étrange de l’élément acteur de la narration correspond à la façon dont Melville dépeint le milieu de son histoire. Le réalisateur le transforme en quelque chose de si esthétiquement organisé qu’il en devient presque abstrait. Tout cela, alors que le film reste divertissant de bout en bout, voire poignant dans sa mélancolie.

Le Cercle rouge et Un flic, les deux autres images de Delon Melville, sont également disponibles en streaming sur la chaîne Criterion.

M. KLEIN (1976)

D’une certaine manière, M. Klein représente l’apothéose de la carrière d’Alain Delon en tant qu’interprète sur grand écran. L’impénétrabilité de l’acteur et sa beauté dévastatrice ont souvent été au centre de ses succès précédents, mais le chef-d’œuvre de Joseph Losey mène ces éléments à des extrêmes conceptuels tordus. Delon joue un personnage à l’identité soluble, un marchand d’art de la France de la Seconde Guerre mondiale qui se sent consumé par l’existence d’un autre homme avec lequel il partage un nom. Observer M. Klein, c’est comme observer une personne dévorée par sa propre ombre. C’est une histoire troublante racontée avec un mécontentement glacial, une implosion continue de soi-même qui a lieu sous le masque tranquille de la plus belle idole française.

Pour d’autres exemples du jeu identitaire autodestructeur de Delon, voir Les fantômes des morts. Cette cassette Omnibus fait partie de la sélection de la chaîne Criterion, qui la présente comme deux hommes du même nom pris au piège dans une salle de cinéma.

Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *